Ces pages sont consacrées
à des aspects méconnus, rares, insolites de notre destination touristique.
LE
CROTOY
Bientôt un
centre conchylicole au Crotoy...
Moules
et autres coquillages seront purifiés dans ce centre, attendu par les
producteurs depuis des années.
Les travaux ont débuté il
y a quelques semaines au Crotoy (80). Le centre conchylicole devrait
permettre dès la fin de l'année, de pérenniser tout un secteur.
Parmi les coquillages qui y
seront purifiés : les moules de bouchots produites en Baie de Somme.
Reportage
Ambiance d'hiver en baie de
Somme
LE MONDE | 14.12.07 | 16h49 • Mis
à jour le 14.12.07 | 16h49
Coucher de soleil sur la plage du Crotoy. La
baie de Somme offre en hiver une ambiance de bout du monde.
AFP/PHILIPPE HUGUEN
Le soir, quand
la nuit tombe tôt sur les rues frileuses et vides, bordées de maisons de
briques aux volets clos en attendant les vacances, mal éclairées par de rares
lampadaires, il règne au Crotoy "une ambiance à la Simenon",
comme le dit Jacques Béal, journaliste au Courrier picard, écrivain et
familier des lieux. De l'autre côté de la baie de Somme, dans le parc
ornithologique du Marquenterre, là aussi, "l'hiver, on vient
chercher une ambiance", résume Philippe Carruette, ornithologue et
responsable pédagogique du parc.
La baie de Somme en hiver : l'espace, le
silence, des instants fugaces et des lumières magiques. Comme ce coucher de
soleil sur la pointe du Hourdel, à quelques kilomètres des murailles médiévales
de Saint-Valery-sur-Somme.
Une ambiance, encore, de bout du monde cette fois. Une plage déserte, sans fin,
du sable couleur grège, une bande de ciel bleu tendre sous une masse immobile
de nuages violacés, soulignés de reflets mordorés. Seule l'eau bouge, avec la
marée descendante qui vide l'estuaire vers la mer. Nul être vivant à
l'horizon, sinon les goélands et la colonie de
phoques gris et de veaux de mer, qui flemmardent sur les îlots au milieu du
courant.
Et puis ce débouché soudain, au sortir d'une
forêt de pins enveloppée de brume, sur l'anse Bidard baignée par un tiède
soleil d'hiver, avec ses dunes piquetées de bouquets verts d'oyats et, au-delà
du cordon dunaire, sa plage. Immense et déserte, large, longue, droite comme
une règle, sans une construction jusqu'aux maisons de Quend,
vers le nord, et de Fort-Mahon.
L'eau, le ciel, les oiseaux, les lumières
changeantes. Et le luxe de la solitude pour savourer des paysages de légende,
en cette période où quelquefois "on a les quatre saisons dans la même
journée", dit-on ici. Jean-Michel Doliger, de l'association Promenade
en baie, accompagne les touristes dans des sorties à thème à travers la baie,
les bottes enduites de slikke, cette argile ultra-glissante qui tapisse le fond.
En hiver, il a ses habitués, qui se régalent, une fois rentrés au sec, de l'écouter
raconter, en costume du XIXe siècle, les belles heures du Crotoy.
Ces touristes décalés viennent jouir des
lumières sur le front de mer, comme les peintres impressionnistes et les réalisateurs
de cinéma qui leur ont succédé. En été, le soleil est trop cru. C'est
maintenant la saison des lumières douces et rasantes qui, d'un coup, allument
les toits verts et les tourelles rouges de l'hôtel du même nom : elles
signalent de loin qu'on est bien au Crotoy. L'hôtel a été le premier à
ouvrir l'hiver, dans le scepticisme général. Il n'a pas à s'en plaindre.
Le parc ornithologique a fait la même expérience.
C'est sa quatrième saison d'ouverture hivernale : "On nous a dit, vous
êtes fous", se rappelle Philippe Carruette. Aujourd'hui, 17 % de la fréquentation
du parc se fait de novembre à février. Et le chiffre augmente d'année en année.
Le Marquenterre, c'est la quintessence de la
baie. Quelque 3 000 hectares de réserve naturelle, à cheval entre terre et
mer. "Sans la baie de Somme, nous n'aurions pas autant d'oiseaux sur le
parc, et inversement", résume M. Carruette, littéraire de formation
et passionné d'oiseaux depuis l'enfance.
La partie terrestre de la réserve est la plus
petite (200 ha), mais "la plus visuelle". Y compris en hiver :
de 8 000 à 10 000 oiseaux, d'une quarantaine d'espèces, s'y partagent prairies
et marais d'eau douce, roselières et dunes couvertes d'argousiers et de
sureaux. Sans oublier la forêt : le pin laricio, venu de Corse, s'est acclimaté
à la côte picarde.
Les visiteurs ne sont pas là par hasard. "On
a des gens qui cherchent le calme, la tranquillité. Ils viennent chercher le
silence. 200 hectares pour eux tout seuls", résume l'ornithologue. Au
printemps, l'ambiance du parc est "hyper bruyante". Pendant
l'hiver, les oiseaux venus depuis la Pologne, la Russie ou la Scandinavie sont
plus calmes. On entend jusqu'au frôlement d'ailes d'un cygne qui passe. Un
nuage blanc et noir aux contours mouvants se forme au-dessus d'un plan d'eau :
des milliers de vanneaux huppés et de pluviers dorés s'envolent, sans doute
effrayés par un rapace.
Les oies cendrées au bec et aux pattes orange
voisinent avec les sarcelles et les foulques noires, les cigognes et les rares
spatules blanches qui se toilettent mutuellement comme des chevaux au pré, les
canards de toutes les catégories : colverts, mais aussi canards siffleurs à la
tête rousse et au petit bec bleu, fuligules morillons à l'œil jaune.
Ici, la pension est bonne. Cela fait
trente-quatre ans, depuis la création du parc, qu'il n'y a pas de chasseurs.
Des moutons et des chevaux pâturent les prairies pour maintenir l'herbe rase,
plus sécurisante pour les oiseaux. Parmi ces chevaux, des hensons, un produit
local en quelque sorte. Ces petits chevaux à la robe isabelle (beige clair)
forment une race spécifique, créée ici à partir des années 1970, pour
obtenir un cheval d'extérieur rustique et tranquille. Élevés à l'air libre,
ils peuplent les pâtures autour du domaine boisé, en grande partie planté sur
les dunes, qui jouxte le parc ornithologique.
Le visiteur n'est jamais au bout des surprises
et des merveilles de la baie. Une promenade à henson dans le domaine forestier
réserve des rencontres improbables : quelques 200... mouflons corses,
transplantés dans les bois et les dunes picardes, y prospèrent, parfois
installés au beau milieu des pistes cavalières. Si peu dérangés en cette
saison qu'ils s'écartent à peine pour laisser passer les chevaux...
Cinq étés de suite, à
compter de juillet 1906, Colette séjourne
au Crotoy dans la villa Belle Plage que loue son amie Missy : Sophie-Mathilde-Adèle
de Morny, marquise de Belbeuf, fille du duc de Morny, demi-frère de Napoléon
III. C'est avec Missy que Colette vit le plus clair de son temps de 1906 (année
de sa séparation définitive d’avec Willy) à 1911 (année où elle devient
propriétaire de la maison de Rozven [en Bretagne] que lui a offerte Missy, et
se lie à Henry de Jouvenel qu’elle a rencontré en décembre 1910 au journal Le
Matin, et qu’elle épousera en décembre 1912).
C’est au Crotoy (1907-1908) qu’elle écrit plusieurs
chapitres (« En baie de Somme »,
« Partie de pêche », dédiée à son ami Léon Hamel) et met au net
le manuscrit des Vrilles de la vigne, qui paraissent en novembre 1908
sous la signature de Colette Willy dans La Vie parisienne. C’est
aussi au Crotoy (1909) qu’elle commence à écrire La Vagabonde.
Le 3 janvier 1907 a lieu la création (houleuse) au
Moulin Rouge de Rêve d’Égypte (une pantomime de Georges Wague,
Emile Vuillermoz et Willy) où jouent Colette et son amie Missy. Le 15 février
1907, Colette signe son premier vrai contrat d’auteur avec Alfred Vallette,
directeur du Mercure de France pour La Retraite sentimentale
(publication le 23 février). L’été 1907, Willy et sa maîtresse Meg
(Marguerite Magniez, qu’il épousera en 1911) sont également installés au
Crotoy, mais dans la villa voisine de celle de Missy.
Angèle Paoli
Colette à gauche, en 1907, au Crotoy
EN BAIE DE SOMME
« Ce doux pays, plat et
blond, serait-il moins simple que je l’ai cru d’abord ? J’y découvre des
mœurs bizarres : on y pêche en voiture, on y chasse en bateau […] Étrange,
pour qui ignore que le gibier s’aventure au-dessus de la baie et la traverse,
du Hourdel au Crotoy, du Crotoy à Saint-Valery ; étrange, pour qui n’a pas
grimpé dans une de ces carrioles à larges roues, qui mènent les pêcheurs
tout le long des vingt-cinq kilomètres de la plage, à la rencontre de la
mer…
[…] le soleil peut se coucher tranquillement au-delà de la baie
de Somme, désert humide et plat où la mer, en se retirant, a laissé des lacs
oblongs, des flaques rondes, des canaux vermeils où baignent les rayons
horizontaux… La dune est mauve, avec une rare chevelure d’herbe bleuâtre,
des oasis de liserons délicats dont le vent déchire, dès leur éclosion, la
jupe-parapluie veinée de rose…
Les chardons de sable, en tôle azurée, se mêlent à l’arrête-bœuf,
qui pique d’une épine si courte qu’on ne se méfie pas de lui. Flore pauvre
et dure, qui ne se fane guère et brave le vent et la vague salée […]
Pourtant, çà et là, verdit la criste-marine, grasse,
juteuse, acidulée, chair vive et tendre de ces dunes pâles comme la
neige…[…]
La baie de Somme, humide encore, mire sombrement un ciel
égyptien, framboise, turquoise et cendre verte. La mer est partie si loin
qu’elle ne reviendra peut-être plus jamais ? Si, elle reviendra, traîtresse
et furtive comme je la connais ici. On ne pense jamais à elle. On lit sur le
sable, on joue, on dort, face au ciel, jusqu’au moment où une langue froide,
insinuée entre vos orteils, vous arrache un cri nerveux : la mer est là, toute
plate, elle a couvert ses vingt kilomètres de plage avec une vitesse
silencieuse de serpent. Avant qu’on l’ait prévue, elle a mouillé le livre,
noirci la jupe blanche, noyé le jeu de croquet et le tennis. Cinq minutes
encore, et là voilà qui bat le mur de la terrasse, d’un flac-flac doux et
rapide, d’un mouvement soumis et content de chienne qui remue la queue…
Un oiseau noir jaillit du couchant, flèche lancée par
le soleil qui meurt. Il passe au dessus de ma tête avec un crissement de soie
tendue et se change, contre l’est obscur, en goéland de neige… »
Colette, « En baie de Somme »,
« Partie de pêche », Les Vrilles de la vigne, Romans, récits,
souvenirs (1900-1919), Robert Laffont, Collection « Bouquins »,
I, pp. 673-674.
Anecdote
concernant Jules Verne
Pressé par son éditeur
parisien Hetzel, Jules Verne oeuvre d'arrache-pied à des publications géographiques
qui l'ennuient un peu.
Désireux de prendre quelque
repos, il embarque sur son voilier et descend vers le Tréport. Là, il découvre
l'ingénieur Conseil qui travaille sur un projet de sous-marin. Le submersible
sera expérimenté dans l'estuaire de la Seine.
Nul doute que le roman
"Vingt-mille lieues sous les mers" où figure d'ailleurs un
personnage nommé Conseil doit beaucoup à cet épisode.
C'est avec un véritable enthousiasme que
Jules Verne évoque Le Crotoy dans les lettres qu'il adresse à son éditeur
Hetzel ou à ses parents. Il a découvert en 1865 le calme de ce petit port
à l'embouchure de la Somme. À l'époque, Le Crotoy n'est pas une station
balnéaire, mais un port de pêche de 1500 habitants, avec des allures de
village aussi.
En 1865, la famille Verne y séjourne du début
du mois d'août à début octobre, et décide d'y revenir régulièrement
puisque, à partir de 1866, ils louent une villa (actuellement au 9 rue
Jules Verne): «Nous sommes dans les tracas des maçons, d'ouvriers, de
tapissiers, de déménageurs. [...] Vent du Nord. Tempêtes, température
basse, temps charmant.» Avec ses deux étages, son jardin, son
pavillon, cette villa forme un contraste avec les petites maisons de pêcheurs
qui l'entourent. Par les fenêtres de la chambre-bureau de l'écrivain, au
premier étage, entre un petit chantier pour bateaux et quelques maisons, on
voit le port, les bateaux et la baie. À marée basse, celle-ci expose ses
bancs de sable et ses bruyères tandis que retentissent les cris des canards
sauvages et des mouettes.
Dans la «Géographie illustrée de la
France et de ses colonies» que Verne rédige à cette époque, il consacre
quelques lignes au Crotoy, «charmant petit port de mer, situé sur une
presqu'île avancée de la baie de Somme, qui a conservé quelques restes de
son enceinte fortifiée, et les ruines du château où Jeanne d'Arc fut
enfermée par les Anglais, en 1431.» Il y parle aussi de «la
magnifique baie de Somme, véritable bras de mer à marée haute, vaste désert
de sable à marée basse».
En avril 1867, l'auteur s'offre une
traversée de l'Océan Atlantique à bord du navire géant le Great-Eastern.
Sous forme romancée, le récit de ce voyage deviendra «Une Ville flottante»
en 1871. À peine revenu des États-Unis, Verne retourne au Crotoy et invite
Hetzel à venir l'y rejoindre: «Le temps est admirable, mais froid la
nuit; l'air d'une pureté incomparable. Quand vous viendrez, mon cher Hetzel,
il faudra que ce soit à l'époque d'une grande marée d'équinoxe; si le
temps est mauvais, ce sera magnifique, s'il est beau ce sera magnifique tout
de même. Vous verrez la mer monter de plus de 20 pieds dans cette immense
baie. Ce ne sont point les montagnes de la côte de Nice, ni les roches de
granit de Jersey que vous connaissez, mais du sable, rien que du sable et
des dunes sauvages.»
À diverses reprises, il insiste sur les
conditions de travail idéales qu'il trouve là. En août 1867, il écrit:
«[...] je reviendrai au Crotoy où je passerai encore quelque temps. Il
faut vous dire que j'y travaille mieux qu'à Paris!» Le cadre
particulier de la baie de Somme est indéniablement propice à son écriture.
C'est bien une liaison amoureuse que Verne
entretient avec la mer. Aussi comprend-on qu'il va vouloir posséder son
propre bateau pour naviguer. C'est vraisemblablement en juin 1867 que Verne
achète une chaloupe de pêche, un caboteur baptisé le Saint-Michel. Long
d'une dizaine de mètres et large de deux, ce bateau est du type de celui
que les pêcheurs du Crotoy utilisent quotidiennement. Verne fait
transformer l'embarcation par un charpentier du Crotoy sur les plans d'un
capitaine du Havre. Des couchettes sont aménagées dans le poste avant et
dans la cabine arrière de manière à pouvoir loger cinq passagers, et
surtout le gréement est changé: la voile traditionnelle (appelée bourset)
est remplacée par un foc, une grande voile. Verne écrit alors à son éditeur:
«Le bateau avance! il sera charmant. Je suis amoureux de cet assemblage
de clous et de planches, comme on l'est à 20 ans d'une maîtresse. Et je
lui serai encore plus fidèle! Ah! la mer! quelle belle chose, même au
Crotoy où elle ne vient que deux fois par jour!» Les premiers essais
apportent au capitaine Verne beaucoup de plaisir et, au cours de l'été
1868, il écrit à ses parents que le Saint-Michel est devenu «un des
premiers marcheurs de la baie de Somme».
Et l'on voit Jules Verne, vêtu d'une
grosse vareuse ou d'un gilet, à la barre du Saint-Michel ou aidant à la
manœuvre. Les deux matelots, Alexandre Delong et Alfred Bulot, ne trouvent
qu'un reproche à faire à leur capitaine: il ne s'intéresse pas à la pêche
et, plus grave, lorsqu'il est à bord, il paraît même impossible
d'attraper un seul poisson. Un jour, Alfred, tout content, a pris un
maquereau dans son filin. Il le tire avec peine sur le pont sous l'œil
narquois de Jules Verne. Mais, au moment où le marin va prendre le poisson
par les ouïes, celui-ci d'un grand coup de queue, fait un bond et retombe
dans l'eau accompagné d'un cri de dépit des marins et du rire de Jules
Verne!
C'est au Crotoy que Verne a l'idée de son
grand roman, «Vingt mille lieues sous les mers», où Nemo vivra en ardent
contact avec les océans: «Il n'est plus sur terre, il se passe de la
terre. La mer lui suffit, mais il faut que la mer lui fournisse tout, vêtements
et nourriture. Jamais il ne met le pied sur un continent», écrit-il à
Hetzel du Crotoy un jour de juin 1867. La navigation sollicite l'imagination
de l'écrivain: «Ah! mon cher ami, quel livre si je l'ai réussi! que
j'ai trouvé de bonnes choses en mer en naviguant sur le Saint-Michel!»
écrit-il à son éditeur. Hymne à l'océan, «Vingt mille lieues sous les
mers» est écrit au contact de la mer, sur la plage du Crotoy, dans la
villa, ou à bord du Saint-Michel.
Aussi comprend-on que, au début de l'année
1869, Jules Verne décide de s'installer définitivement au Crotoy. Certes,
les raisons sont aussi financières et pratiques: «Maintenant, mon cher
Hetzel, croyez bien que si je suis installé au Crotoy, je n'ai pas abandonné
Paris. Mais dans les conditions où j'allais me trouver, obligé de prendre
un plus grand appartement, toutes mes dépenses augmentant, j'avais nécessairement
une existence gênée. Mes ressources étaient insuffisantes. Ici, la vie
est facile, large même, et mon monde me paraît heureux. Pouvais-je résister?
Songez donc, j'ai trois enfants et, si l'avenir ne peut m'inquiéter, le présent
est dur quelquefois.»
Mais voici la guerre qui se déclare le 15
juillet 1870 entre la France et l'Allemagne, avec la chute de Napoléon III
et le gouvernement de défense nationale proclamé le 4 septembre. Jules
Verne effectue un rapide voyage à Nantes auprès de ses parents, puis
regagne Le Crotoy. «Nos communications avec Amiens ne sont pas encore
coupées, mais peut-être cela ne tardera-t-il pas.»
Jules Verne est mobilisé comme garde
national au Crotoy qui est son domicile légal. Il ramène sa femme et les
enfants à Amiens, dans une petite maison, au 3 boulevard Saint-Charles
(actuellement boulevard Maignan-Larivière, mais la maison est détruite).
Certains biographes le présentent en garde-côte à bord de son
Saint-Michel armé d'un petit canon. J'ai bien peur qu'il ne s'agissse que
d'une légende...
Après la fin du conflit et la Commune de
Paris, en juillet 1871, Verne décide de se fixer définitivement à Amiens
où il estime être «près de Paris, assez près pour en avoir le
reflet, sans le bruit insupportable et l'agitation stérile». Et il
ajoute dans cette lettre à son ami Charles Wallut, directeur du Musée des
Familles: «Et pour tout dire, mon Saint-Michel reste amarré au Crotoy.»
Formule révélatrice qui montre que les séjours au Crotoy ne sont pas
terminés: chaque été, jusqu'en 1875, l'écrivain retrouve son
Saint-Michel dans le petit port de la baie de Somme. Mais, en avril 1876,
Verne remplacera son premier bateau par un fin voilier, le Saint-Michel II,
qui sera vite remplacé, fin 1877, par un véritable yacht, le Saint-Michel
III. Le tonnage de ces deux navires obligera Verne à passer du Crotoy à un
port plus important, situé un peu plus au sud sur la côte, Le Tréport.
Il est curieux de relever que dans «L'Ile
mystérieuse» (1874-75), la description de l'île Lincoln correspond à la
côte picarde: la Baie de l'Union présente la même configuration que la
Baie de Somme et Verne situe Granite-House, l'habitation des naufragés, à
l'emplacement du Crotoy. Comme un hommage au petit port qui l'a abrité
pendant une dizaine d'années, comme un adieu au Crotoy.