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"LE CABINET DES CURIOSITÉS"
Ces pages sont consacrées
à des aspects méconnus, rares, insolites de notre destination touristique.
ABBEVILLE
Le
Chevalier de la Barre
![[LaBarre.jpg]](LaBarre.jpg)
Le Chevalier de la Barre, statue érigée à
Montmartre
Le
1er juillet 1766, fut commis à Abbeville l’un des assassinats
juridiques les plus tristement célèbres : sur la place publique, le
bourreau trancha la tête d’un condamné qui se nommait le Chevalier de la
Barre.
Son
crime ? C’est avec stupeur qu’on lit aujourd’hui le verdict du
tribunal d’Abbeville, le Chevalier de la Barre était passé à 25 pas d’une
procession sans la saluer, il avait chanté 2 chansons impies, lu des livres
licencieux (dont un livre de Voltaire), proférer des jurons et s’était
permis sur la religion des plaisanteries douteuses.
Pour
de tels forfaits, il devra faire amende honorable la corde au cou, il aura la
langue arrachée, la tête coupée, ses restes seront brûlés et ses cendres
dispersées….
(René Pomeau
– professeur à la Sorbonne)
Emblématique
des victimes de la violence religieuse, le Chevalier de la Barre est devenu le
héros-martyr de la libre pensée et d'un certain athéisme militant.
Pour
en savoir plus
- ...L'exécution du
chevalier de La Barre consterna tellement tout Abbeville, et jeta dans les
esprits une telle horreur, que l'on n'osa pas poursuivre le procès des
autres accusés.
- Vous vous étonnez sans
doute, monsieur, qu'il se passe tant de scènes si tragiques dans un pays
qui se vante de la douceur de ses mœurs, et où les étrangers mêmes
venaient en foule chercher les agréments de la société. Mais je ne vous
cacherai point que s'il y a toujours un certain nombre d'esprits indulgents
et aimables, il reste encore dans plusieurs autres un ancien caractère de
barbarie que rien n'a pu effacer. Vous retrouverez encore ce même esprit
qui fit mettre à prix la tête d'un cardinal premier ministre, et qui
conduisait l'archevêque de Paris, un poignard à la main, dans le
sanctuaire de la justice. Certainement la religion était plus outragée par
ces deux actions que par les étourderies du chevalier de La Barre ; mais
voilà comme va le monde
- Ille crucem sceleris
pretium tulit, hic diadema.
- (Juvénal., sat. XIII,
v. 105.)
-
- Quelques juges ont dit
que, dans les circonstances présentes, la religion avait besoin de ce
funeste exemple. Ils se sont bien trompés ; rien ne lui a fait plus de
tort. On ne subjugue pas ainsi les esprits ; on les indigne et on les révolte.
- J'ai entendu dire
malheureusement à plusieurs personnes qu'elles ne pouvaient s'empêcher de
détester une secte qui ne se soutenait que par des bourreaux. Ces discours
publics et répétés m'ont fait frémir plus d'une fois.
- On a voulu faire périr,
par un supplice réservé aux empoisonneurs et aux parricides, des enfants
accusés d'avoir chanté d'anciennes chansons blasphématoires, et cela même
a fait prononcer plus de cent mille blasphèmes. Vous ne sauriez croire,
monsieur, combien cet événement rend notre religion catholique romaine exécrable
à tous les étrangers. Les juges disent que la politique les a forcés à
en user ainsi. Quelle politique imbécile et barbare! Ah! monsieur, quel
crime horrible contre la justice de prononcer un jugement par politique,
surtout un jugement de mort ! et encore de quelle mort !
- L'attendrissement et
l'horreur qui me saisissent ne me permettent pas d'en dire davantage.
- J'ai l'honneur d'être,
etc..."
-
-
Fin de la relation de la mort du Chevalier de
La Barre,
par M. Cassen, Avocat au Conseil du Roi, à M. le Marquis de Beccaria (1766)
Lettre reproduite
par Voltaire en 1769.
